Comme les articles Minute confiture marchent bien, voici non pas cinq mais dix faits aléatoires sur la 2e guerre mondiale pour briller en société lors des soirées de l'Ambassadeur, la plupart issus du documentaire Apocalypse, la 2e guerre mondiale[1].

1 La déclaration de guerre de la Grande-Bretagne puis de la France, le 3 septembre 1939, a été une surprise pour Hitler. Après avoir récupéré les Sudètes suite aux accords de Munich, Hitler voulait remédier à ce qu'il percevait comme l'affront suprême du traité de Versailles : la séparation du territoire allemand en deux parties par le corridor de Dantzig, créé pour offrir à la Pologne un accès à la mer. L'invasion allemande de la Pologne sera l'acte déclencheur de la déclaration de guerre. De son côté, suite au pacte germano-soviétique, l'armée russe envahira l'autre moitié du pays. Le centre de la Pologne sera la frontière commune germano-russe qui préparera l'opération Barbarossa, l'invasion de la Russie.

2 La première victoire alliée est la bataille de Narvik (Norvège), remportée par les Alliés afin de bloquer le transport maritime de fer en provenance des mines suédoises de Kiruna vers l'Allemagne. 50% du fer importé par l'Allemagne transitait par le port de Narvik. Cependant, la ville sera abandonnée par les Alliés et réutilisée par les Allemands.

3 Le plan de l'invasion de la France (Fall Gelb, cas jaune), qualifié de Sichelschnitt (coup de faucille) par Churchill, a été essentiellement planifié par l'Allemand Erich von Manstein, qui suggérait de lancer une diversion par la Belgique tout en contournant la ligne Maginot par les Ardennes. Les Français se jetèrent à corps perdu en Belgique pour rien. Avant l'attaque, Churchill croyait encore à la force de la république française. L'armée allemande appliqua une démonstration de Blitzkrieg (guerre-éclair). Les pilotes allemands capturés par l'aviation française seront rapidement rendus à l'Allemagne (et participeront aux futures attaques aériennes contre l'Angleterre). Responsable de cet échec défensif, le généralissime français Gamelin sera révoqué et remplacé par le général Weygand, assisté de Pétain. Les Alliés acculés au Nord, à Dunkerque, seront évacués dans une débacle au cours de laquelle 80 000 Français se sacrifieront pour gagner du temps. Voyant la France en déroute, l'Italie de Mussolini en profitera pour lui déclarer la guerre, ainsi qu'à l'Angleterre. Paris sera déclarée ville ouverte.

4 La méthodisation de l'exécution des victimes des Nazis fut un processus progressif, qui commença avec les balles et finit par le gaz. Au début, les commandos d'exécutions mis en place dès 1939 par Reinhard Heydrich (des groupes d'interventions à vocation historiquement défensive, les Einsatzgruppen) emmenaient les captifs dans une forêt et leur faisaient creuser leur propre tombe. Mais, indique le documentaire, "ce procédé est jugé trop long, alors les SS font creuser des longues fosses communes, où les juifs vont directement se coucher sur les morts précédents", Cette shoah par balles culmina dans le massacre de Babi Yar où plus de 30000 personnes furent emmenées dans un ravin et tuées en deux jours. Heinrich Himmler préconisa alors des méthodes moins primitives, ce qui mena aux exterminations de masse par le CO2 et le Zyklon B.

5 L'opération Barbarossa ne fut pas vraiment une surprise pour l'URSS. Staline pensait que le pacte germano-soviétique ne faisait que retarder la confrontation avec l'Allemagne avide de Lebensraum, et plusieurs signaux concordants ont alerté les services de renseignements soviétiques. Ainsi, l'Allemand Rudolf Hess, en proposant un accord de paix aux Britanniques, leur révèla inconsciemment qu'Hitler se prépare à attaquer sur le flanc est. De plus les mouvements bancaires et les nouvelles politiques monétaires de la Reichsbank furent repérés par les services de renseignements soviétiques. La date exacte de l'opération Barbarossa fut apportée par au moins deux sources indépendantes, l'équipe suédoise menée par le mathématicien Arne Beurling qui avait cassé le système de chiffrement des câbles allemands en provenance de Norvège (bien avant que les équipes de Bletchley Park ne percent à jour Énigma), et l'espion Richard Sorge au Japon (qui transmit plus tard que les Japonais n'attaqueraient pas l'URSS mais plutôt les États-Unis à Pearl Harbor). Malgré le refus de Staline d'attaquer en premier, les informations récoltées furent décisives pour préparer l'armée soviétique à l'invasion, qui aboutit aux batailles de Moscou et de Stalingrad.

6 Le gouvernement américain viola la constitution de son propre pays contre ses citoyens d'ascendance japonaise. Les États-Unis, une fois entrés en guerre, ont redouté des bombardements allemands sur la côte est, et surtout un débarquement japonais sur la côte ouest. En conséquence les 120 000 Américains d'origine japonaise vivant en Californie furent traités comme des espions potentiels : confiscation des possessions, relevé des empreintes digitales, regroupement en camps d'internement... Le climat de peur conduisit ainsi le gouvernement américain à agir contre ses propres citoyens, préfigurant entre autres le traitement infligé aux Américains musulmans en 2001.

7 L'objectif de l'Afrikakorps de Rommel était de rejoindre le sud de la Russie pour prendre en tenaille l'armée soviétique et prendre le contrôle du pétrole du Caucase. Mais sa progression fut freinée par les forces françaises libres lors de la bataille de Bir Hakeim, en Libye, et stoppée par les Britanniques à El Alamein, en Égypte. Pour se sauver avec ses hommes de la débacle, Rommel volera l'essence de ses alliés italiens, qui se retrouveront prisonniers, Un peu plus tard les Américains et les Anglais lanceront l'opération Torch et débarqueront en Afrique du Nord où ils seront combattus par les généraux français acquis au régime de Vichy.

8 Le grand mufti de Jérusalem de l'époque, Hadj Amin al-Husseini (futur oncle de Yasser Arafat), fut un collaborateur d'Hitler, partageant avec le régime nazi la haine des juifs. Cependant la majorité des Arabes combattit contre les forces de l'Axe.

9 Beaucoup d’historiens se sont demandé si le médecin personnel d'Hitler, Theodor Morell, n’aurait pas été involontairement responsable de la mauvaise santé de son patient à la fin de la guerre, et donc indirectement de ses décisions hasardeuses. Morell avait tenu un journal médical des médicaments, toniques, vitamines et autres substances qu’il avait administrés à Hitler, habituellement par injection ou sous forme de pilules. La plupart étaient des préparations commerciales, certaines de sa propre composition. Comme certains de ces composants, comme la cocaïne en collyre, sont considérés comme toxiques,

10 L'importance des témoignages a été rapidement compris. Alors que les Américains approchent de Buchenwald, les Nazis jettent des milliers de déportés sur les routes. Ce sont les « marches de la mort ». Cependant, l'organisation clandestine du camp parvient à limiter le nombre des départs et à prendre le contrôle du camp sur les SS le 11 avril 1945, quelques heures avant l'arrivée des blindés américains. Les habitants de la ville voisine de Weimar, distante d'environ 5 km, sont réquisitionnés pour l'évacuation des corps de déportés, la plupart d'entre eux disant qu'ils ignoraient ce qui se passait alors à Buchenwald. Le commandement américain a souhaité que des notables de Weimar se rendent au camp, le 16 avril 1945 afin que chacun puisse constater l'horrible réalité du régime porté au pouvoir en 1933.

Une citation pour conclure

Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde. Stefan Zweig

Notes

[1] Au sujet du documentaire, une note de l'article mentionne qu'un historien regrette de son côté qu'« aucun historien, en qualité de conseiller ou consultant, ne figure à son générique » et, constatant que « les recherches universitaires sont à la fois plus sûres et plus avancées que les données apportées par l'ensemble des épisodes du documentaire », estime qu'il existe dans cette série « trop d'entorses aux faits [...] d'insinuations non justifiées, d'omissions, pour qu'on puisse admirer sans réserve la somme d'informations qu'elle véhicule ».