Radjaïdjah Blog

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vendredi 22 mai 2020

Kalsarikänni Times or A Path to A Societal Apax

During these challenging C19 times, people stay at home and, as in The Little Prince, drink to forget. Now, because they are at home, no need do dress formally, or better, no need to dress at all.

The Finnish language has a word for that: Kalsarikänni (it describes the specific Scandinavian behavior consisting in absorbing alcoholic beverages in order to of get drunk at home in underwear).

Now, this word is not immediatly translatable, as its meaning is unique to the Finnish language. Any direct linguistic transposition would be lost in translation.

A gamified way to discover such words and expressions is the Sticky Terms application by Philipp Stollenmayer.

Tenants of the weak Sapir-Whorf hypothesis could even argue that untranslatable words from a language embody its spirit.

Now, let's see another facet. What is the common feature shared among the Hebrew words Gevina (cheese), Zechuchith (glass), and Sfarad (Spanish)?

These words appear exactly once in the Tanach (the Bible, to simplify), hence they are difficult to translate.

In linguistics, words appearing with only one occurrence within a corpus (such as the Old Testament, or the literary writings from an author) are called apax legomenon (from ancient Greek άπαξ λεγόμενον, "told once").

Because of its unicity, an apax is somehow a separation, a cut within a text. There is a before, and an after. Like the inverted nuns (׆) in the Torah (Numbers 10:35–36).

The musicologist Wladimir Jankelevitch extends this notion of linguistic apax (single occurence of a peculiar term within a literary corpus) or semantic apax (unique meaning of a term within a peculiar context) to the one of existential apax.

The original essence of this concept is that every moment in a life is an apax. It is a frame, unique, and therefore needs to be enjoyed and cherished.

A variation of the existential apax is that when a once-in-a-lifetime event occurs, it might lead to internal realization and dramatic changes in life. For example, for an individual, the emergence of a disease such as cancer can lead to definitive priority shifting.

But one could also imagine a collective version.

Despite all negative consequences, Covid-19 might arise as a societal apax.

lundi 27 avril 2020

Srinivasa Ramanujan 1887-1920

Srinivasa Ramanujan

These results must be true, because, if they were not true, no one would have the imagination to invent them.

G.H. Hardy on Ramanujan

jeudi 2 avril 2020

La légende de Sissa

Comme il faut bien se détendre un peu, une courte histoire qui n'a rien à voir avec le Coronavirus, la Légende de Sissa. Elle a été écrite autour des années 1250 par Ibn Khallikan, un historien kurde qui vivait au sein de l'Empire Abbasside (aujourd'hui Irak).

À l'époque, le roi d'Inde, Shihram, était un sombre tyran qui opprimait constamment ses pauvres sujets. Or, l'un d'entre eux, Sissa fils de Dahir, inventa le jeu d'échecs pour le roi, dans le but de lui montrer qu'il avait besoin des autres pour le protéger et qu'il était donc important de prendre soin de tous ses sujets.

Le roi Shihram était si impressionné qu'il ordonna que le jeu d'échecs devait être conservé dans les plus grands Temples en tant que bijou national et merveille du monde, et enseigné partout. En particulier, c'était un excellent moyen d'entraîner les généraux à l'art de la guerre.

Le roi demanda à Sissa si celui-ci désirait une récompense pour cette fantastique invention. La légende dit que le sage Sissa déclina poliment, mais le roi insista.

Sissa apporta donc un échiquier vide et demanda au roi de déposer un grain de riz sur la première case, deux grains de riz sur la suivante, puis quatre sur la suivante, et ainsi de suite en doublant le nombre de grains de riz à chaque nouvelle case, jusqu'à avoir parcouru toutes les cases de l'échiquier. Le roi, surpris par la modestie apparente du cadeau demandé, donna immédiatement son accord tout en commentant qu'il aurait personnellement demandé bien plus. Il ordonna à ses esclaves d'apporter le riz nécessaire.

Tout se passa bien au début, toutefois le roi et ses conseillers furent surpris de voir qu'arrivés à la moitié de l'échiquier, la trente deuxième case demandait plus de quatre milliards de grains de riz, soit environ cent mille kilos. Le cadeau n'était donc pas si modeste, et Sissa semblait moins stupide. Un peu plus tard, le conseiller principal du roi lui expliqua que l'ensemble des récoltes de l'année et de toutes les années précédentes ne suffiraient pas à payer la récompense de Sissa[1].

Note

[1] On pourrait nommer nombre de Sissa (Sissa number) le nombre de grains de riz requis, soit \( 1+2+4+...+2^{63} = \sum_{k=0}^{63} 2^{k} = 2^{64}-1 \).

lundi 24 février 2020

Attack of the Drone

Years after Tempest, an epic IT security tale is now three years old.


Source: Malware Lets a Drone Steal Data by Watching a Computer’s Blinking LED.

vendredi 13 janvier 2017

L'interprêtation des rêves

La récente lecture de l'histoire de Joseph (paracha Vayechev) est l'occasion de rappeler une phrase du Talmud :

חלמא דלא מפשר כאגרתא דלא מקריא

Tout rêve non interprêté est comme une lettre non lue.

Le premier rêve qui apparaît dans la Torah est le songe de Jacob sur le Mont Moriah : l'Échelle de Jacob :

« Jacob quitta Beer-Sheva, et s'en alla vers Haran. Il arriva en ce lieu et y resta pour la nuit car le soleil s'était couché. Prenant une des pierres de l'endroit, il la mit sous sa tête et s'allongea pour dormir. Et il rêva qu'il y avait une échelle reposant sur la terre et dont l'autre extrémité atteignait le ciel ; et il aperçut les anges de Dieu qui la montaient et la descendaient ! Et il vit Dieu (...) »

Chagall - L'Échelle de Jacob

Marc Chagall, L'Échelle de Jacob, 1973

Symbole du pont entre le ciel et la terre que matérialise cette échelle, en hébreu, le mot échelle (סלם) a la même valeur numérique que סיני (Sinaï), le lieu du don de la Torah. C'est également la valeur numérique du mot araméen signifiant argent (ממן, Mammon). KabbalaToons dirait que c'est un signe que l'argent peut mener à des sommets, mais qu'il est important de garder les pieds sur Terre.

Néanmoins, il semble que pour le judaïsme, rêver est important, puisque la guemara affirme : Celui qui dort sept jours sans rêver est appelé mauvais. Le rêve transcende la réalité, ce qu'on peut comparer avec par exemple... le chabbat. Six jours dans la semaine sont matériels, on travaille pour manger, alors que le chabbat c'est le contraire, on ne travaille pas, pour très bien manger.

Les rêves suivants dans la Torah concernent Joseph, un des douze fils de Jacob, à propos de gerbes de blé, puis d'astres (Genèse, 37).

05 Joseph eut un songe et le raconta à ses frères qui l’en détestèrent d’autant plus.
06 « Écoutez donc, leur dit-il, le songe que j’ai eu.
07 Nous étions en train de lier des gerbes au milieu des champs, et voici que ma gerbe se dressa et resta debout. Alors vos gerbes l’ont entourée et se sont prosternées devant ma gerbe. »
08 Ses frères lui répliquèrent : « Voudrais-tu donc régner sur nous ? nous dominer ? » Ils le détestèrent encore plus, à cause de ses songes et de ses paroles.
09 Il eut encore un autre songe et le raconta à ses frères. Il leur dit : « Écoutez, j’ai encore eu un songe : voici que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. »
10 Il le raconta également à son père qui le réprimanda et lui dit : « Qu’est-ce que c’est que ce songe que tu as eu ? Nous faudra-t-il venir, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner jusqu’à terre devant toi ? »

Ce passage est commenté entre autres dans le Talmud (guemara Berakhot 55a).

ואמר רב חסדא לא חלמא טבא מקיים כוליה ולא חלמא בישא מקיים כוליה

Rav Hisda dit : Ni un bon ni un mauvais rêve n'est réalisé dans tous ses détails.

אלא אמר ר’ יוחנן משום ר’ שמעון בן יוחי כשם שאי אפשר לבר בלא תבן כך אי אפשר לחלום בלא דברים בטלים

Mais dit Rav Yohanan au nom de Rav Simeon ben Yohai :

Comme on ne peut avoir de blé sans épi, de même il est impossible pour un rêve d'être sans quelque chose de vain.

אמר ר’ ברכיה חלום אף על פי שמקצתו מתקיים כולו אינו מתקיים מנא לן מיוסף דכתיב (בראשית לז, ט) והנה השמש והירח וגו

Berekiah dit :

Un rêve, bien qu'il puisse être accompli partiellement, n'est jamais réalisé totalement. D'où apprenons-nous cela ? De Joseph, puisqu'il est écrit : « Voici que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. » (Gen. 37:9).

Un peu plus tard, alors que Joseph est en prison , il a l'occasion d'interprêter les rêves de l'échanson et du panetier (Genèse, 40) :

05 Une même nuit, l’échanson et le panetier du roi d’Égypte firent tous deux un songe, alors qu’ils étaient prisonniers dans la prison. Et chacun des songes avait sa propre signification.
06 Au matin, quand Joseph entra chez eux, il vit qu’ils avaient la mine défaite.
07 Il demanda donc aux dignitaires de Pharaon qui étaient avec lui au poste de garde, dans la maison de son maître : « Pourquoi vos visages sont-ils si sombres aujourd’hui ? »
08 Ils lui répondirent : « Nous avons eu un songe, et il n’y a personne pour l’interpréter. » Joseph leur dit : « N’est-ce pas à Dieu qu’il appartient d’interpréter ? Racontez-moi donc ! »
09 Le grand échanson raconta à Joseph le songe qu’il avait fait : « J’ai rêvé qu’une vigne était devant moi.
10 Elle portait trois sarments. Elle bourgeonnait, fleurissait, puis ses grappes donnaient des raisins mûrs.
11 J’avais entre les mains la coupe de Pharaon. Je saisissais les grappes, je les pressais au-dessus de la coupe de Pharaon et je lui remettais la coupe entre les mains. »
12 Joseph lui dit : « Voici l’interprétation : les trois sarments représentent trois jours.
13 Encore trois jours et Pharaon t’élèvera la tête, il te rétablira dans ta charge, et tu placeras la coupe entre ses mains, comme tu avais coutume de le faire précédemment quand tu étais son échanson.
14 Mais quand tout ira bien pour toi, pour autant que tu te souviennes d’avoir été avec moi, montre ta faveur à mon égard : rappelle-moi au souvenir de Pharaon et fais-moi sortir de cette maison !
15 En effet, j’ai été enlevé au pays des Hébreux, et là non plus je n’avais rien fait pour qu’on me jette dans la citerne. »
16 Voyant que Joseph avait fait une interprétation favorable, le grand panetier lui dit : « Moi, j’ai rêvé que je portais sur la tête trois corbeilles de gâteaux.
17 Et dans la corbeille d’au-dessus, il y avait tous les aliments que le panetier fabrique pour la nourriture de Pharaon, et les oiseaux picoraient dans la corbeille au-dessus de ma tête. »
18 Joseph répondit : « Voici l’interprétation : les trois corbeilles représentent trois jours.
19 Encore trois jours et Pharaon t’élèvera la tête, il te pendra à un arbre, et les oiseaux picoreront ta chair. »
20 Le troisième jour, jour anniversaire de Pharaon, celui-ci fit un festin pour tous ses serviteurs. Il éleva la tête du grand échanson et celle du grand panetier en présence de ses serviteurs :
21 il rétablit dans sa charge le grand échanson, et celui-ci plaça la coupe entre les mains de Pharaon ; 22 mais le grand panetier, il le pendit, comme l’avait annoncé Joseph.
23 Toutefois le grand échanson ne se souvint pas de Joseph ; il l’oublia.

Puis (Genèse, 41) :

01 Deux ans plus tard, Pharaon eut un songe. Il se tenait debout près du Nil,
02 et voici que montaient du Nil sept vaches, belles et bien grasses, qui broutaient dans les roseaux.
03 Puis, derrière elles, montaient du Nil sept autres vaches, laides et très maigres. Elles se tenaient à côté des premières, sur la rive du Nil.
04 Et les vaches laides et très maigres mangeaient les sept vaches belles et bien grasses. Alors Pharaon s’éveilla.
05 Il se rendormit et fit encore un songe : sept épis montaient sur une seule tige ; ils étaient gros et beaux.
06 Puis, après eux, germaient sept épis maigres et desséchés par le vent d’est.
07 Et les épis maigres avalaient les sept épis gros et pleins. Alors Pharaon s’éveilla : c’était un songe !
08 Mais le matin, son esprit était troublé ; il fit convoquer tous les magiciens et tous les sages d’Égypte. Pharaon leur raconta les songes, mais personne ne pouvait les interpréter.
09 Alors le grand échanson parla à Pharaon en ces termes : « Aujourd’hui, je me rappelle mes fautes.
10 Pharaon s’était irrité contre ses serviteurs et il m’avait mis au poste de garde, dans la maison du grand intendant, et avec moi, le grand panetier.
11 Une même nuit, nous avons fait un songe, moi et lui. Et chacun des songes avait sa propre signification.
12 Il y avait là, avec nous, un jeune Hébreu, serviteur du grand intendant. Nous lui avons raconté nos songes et il a donné à chacun l’interprétation du songe qu’il avait fait.
13 Et ses interprétations s’avérèrent exactes : moi, on m’a rétabli dans ma charge, et l’autre, on l’a pendu. »
14 Pharaon fit appeler Joseph. En toute hâte, on le tira de son cachot. Il se rasa, changea de vêtements et se rendit chez Pharaon.
15 Pharaon dit à Joseph : « J’ai fait un songe et personne ne peut l’interpréter. Mais j’ai entendu dire de toi, qu’il te suffit d’entendre raconter un songe pour en donner l’interprétation. »
16 Joseph répondit à Pharaon : « Ce n’est pas moi, c’est Dieu qui donnera à Pharaon la réponse qui lui rendra la paix. »
17 Alors, Pharaon dit à Joseph : « Dans le songe, j’étais debout au bord du Nil,
18 et voici que montaient du Nil sept vaches, bien grasses et de belle allure, qui broutaient dans les roseaux.
19 Puis, derrière elles, montaient sept autres vaches, chétives, très laides et décharnées. Je n’en avais jamais vu d’une telle laideur dans tout le pays d’Égypte.
20 Les vaches décharnées et laides mangeaient les premières vaches, les grasses,
21 qui entraient dans leur panse. Mais on ne s’apercevait pas que les grasses étaient entrées dans leur panse : elles restaient aussi laides qu’avant. Alors je me suis réveillé.
22 Mais j’ai encore vu, en songe, sept épis qui montaient sur une seule tige ; ils étaient pleins et beaux.
23 Puis, après eux, germaient sept épis durcis, maigres et desséchés par le vent d’est.
24 Et les épis maigres avalaient les sept beaux épis. J’en ai parlé aux magiciens, mais personne n’a pu me fournir d’explication. »
25 Joseph répondit à Pharaon : « Pharaon n’a eu qu’un seul et même songe. Ce que Dieu va faire, il l’a indiqué à Pharaon.
26 Les sept belles vaches représentent sept années, et les sept beaux épis, sept années : c’est un seul et même songe !
27 Les sept vaches décharnées et laides qui montaient derrière les autres représentent sept années ; de même, les sept épis vides et desséchés par le vent d’est. Ce seront sept années de famine.
28 C’est bien ce que j’ai dit à Pharaon : ce que Dieu va faire, il l’a montré à Pharaon.

La saga de Joseph a été analysée par de nombreux sages, rabbins, et commentateurs juifs et d'autres religions ; ceux qui apprécieraient une approche plus académique pourront se tourner vers le cours du professeur Thomas Römer donné au Collège de France : « L’Égypte et la Bible : l’histoire de Joseph (Genèse 37-50) », dont le pitch est : L’histoire de Joseph, un des douze fils du patriarche d’Israël Jacob, est l’une des plus fameuses success story de la Bible. Après avoir été vendu par ses frères qui le jalousaient, le jeune homme se retrouve à la cour de pharaon où il fait fortune et monte au plus haut sommet de la hiérarchie égyptienne. A travers ce roman biblique, c’est toute une réflexion sur le rôle de la diaspora, qui conclut la saga nationale des Patriarches d’Israël, à la fin du Livre de la Genèse.

La mystique juive nous raconte trois choses sur les rêves :

  • Pendant que l'on dort, un soixantième de l'âme quitte le corps recharger ses batteries dans le monde spirituel, pour ne revenir qu'au moment du réveil.
  • La plupart des rêves sont futiles, et seuls les rêves du matin peuvent être importants.
  • L'interprêtation d'un rêve dépend du sens que l'on lui donne.

Enfin, comme dans le Yi King taoïste, ou comme chez Freud, il existe de nombreux symboles oniriques ; ainsi une marmite, une colombe, ou un fleuve représentent la paix.

En souhaitant de beaux rêves aux lecteurs.

Crédit : l'essentiel de cet article est à mettre au crédit de R. Sabbag.

vendredi 31 janvier 2014

L'âge du monde, le retour

Après Ron Chaya, Gary Cohen, un rabbin et chercheur en mathématiques appliquées à l'Inria, s'intéresse aussi au thème de l'âge du monde et des contradictions entre ce que suppose la science (l'univers est âgé de 13,8 milliards d'années) et ce que permet de déduire la torah (l'univers a moins de 6000 ans). Contrairement à Ron Chaya, M. Cohen est un scientifique.

Lien vers la conférence

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lundi 16 décembre 2013

L'ado suicidaire

Un rabbin a un jour été appelé à l’hôpital pour voir un adolescent juif suicidaire. Ressentant qu’il n’était qu’un bon à rien incapable de réussir quoi que ce soit, ce garçon avait essayé d’attenter à ses jours. Mais même sa tentative de suicide avait échoué. Voyant qu’il était juif, le personnel de l’hôpital a demandé au rabbin de venir et de tenter de lui remonter le moral.

Le rabbin est arrivé à l’hôpital ne sachant pas à quoi s’attendre. Il trouva le garçon allongé dans son lit à regarder la télévision, projetant une image de misère absolue, de noirs nuages de désespoir suspendus au-dessus de sa tête. Le garçon lui jeta à peine un coup d’œil et, avant que le rabbin ait eu le temps de dire bonjour, il lui dit : « Si vous êtes venu me dire ce que le curé vient de me dire, vous pouvez repartir. »

Un peu surpris, le rabbin demanda : « Qu’est-ce que le curé a dit ? »

« Il m’a dit que D.ieu m’aime. C’est complètement débile. Pourquoi D.ieu m’aimerait-Il ? »

C’était un bon argument. Ce gamin ne pouvait rien voir en lui-même qui soit digne d’être aimé. Il n’avait rien accompli dans sa vie. Il n’avait aucune qualité particulière, rien qui soit beau ou respectable ou aimable. Pourquoi D.ieu l’aimerait-Il ?

Le rabbin devait toucher ce garçon sans lui paraître condescendant. Il devait dire quelque chose de réel. Mais que peut-on dire à quelqu’un qui se considère sans valeur ?

« Tu as peut-être raison, dit le rabbin. Peut-être que D.ieu ne t’aime pas. »

Ceci éveilla l’attention du garçon. Il ne s’attendait pas à cela de la part d’un rabbin.

« Peut-être que D.ieu ne t’aime pas. Mais une chose est sûre : Il a besoin de toi. »

Là, le garçon était surpris. Il n’avait pas entendu cela auparavant.

Le fait même que tu sois né signifie que D.ieu a besoin de toi. Il avait déjà beaucoup de gens avant toi, mais Il t’a ajouté à la population du monde, car il y a quelque chose que tu peux faire que personne d’autre ne peut faire. Et si tu ne l’as pas encore fait, c’est d’autant plus important que tu continues à vivre afin que tu puisses accomplir ta mission et apporter au monde cette contribution unique.

Si je peux regarder toutes mes réalisations en face et en être fier, alors je peux croire que D.ieu m’aime. Mais si je n’ai rien réalisé ? Si je n’ai aucun accomplissement à mon actif dont je puisse être fier ?

Eh bien, arrête de te regarder toi-même et regarde autour de toi. Cesse de penser à toi-même, et commence à penser aux autres. Tu es ici parce que D.ieu a besoin de toi. Il a besoin que tu fasses quelque chose.

Mon ami, vous et moi savons que le bonheur ne vient pas en gagnant un gros salaire. Le bonheur vient en servant les autres, en vivant une vie qui a un sens. Je suis convaincu que tout ce que vous devez faire est de projeter votre regard vers l’extérieur, pas vers l’intérieur. Ne pensez pas à ce dont vous avez besoin, mais à ce pour quoi on a besoin de vous. Et en trouvant ce que vous pouvez faire pour les autres, vous vous trouverez vous-même.

(source : Aron Moss, Chabad.org)

lundi 9 décembre 2013

Triforce IRL

Au sud de Tokyo est située l'île de Kamakura où se trouvent le sanctuaire Tsurugaoka Hachiman ainsi qu'une gigantesque statue de Bouddha.

L'île est parsemée de multiples escaliers qui la parcourent, et il y existe de nombreuses représentations du symbole de la triforce, qui raviront les amateurs de Zelda.

Triforce

Jeu pour les visiteurs du blog : combien y a-t-il de représentations différentes de la triforce sur Kamakura ?

mardi 10 septembre 2013

5 inspirational cartoons

From zen pencils, who "adapts inspirational quotes into cartoons" (a bit in the spirit of the KabbalaToons clips), here is a selection of five cartoons for inspiration and enjoyment, to start the new year with some perspective.

That's for the 1%.

שנה טובה

Genius is one percent inspiration, ninety nine percent perspiration.

Thomas Alva Edison

lundi 10 juin 2013

À quoi sert l'humour ?

Question difficile s'il en est.

Évidemment la première réponse qui vient à l'esprit est : l'humour sert à passer le test de Turing.

Mais le judaïsme s'intéresse aussi à l'humour.

La preuve, l'année dernière Marc-Alain Ouaknin, co-auteur du petit livre "La bible de l'humour juif" était invité à donner une conférence ambitieuse : Le Rire dans la Tora.

Ambitieuse, car le nouveau testament ce n'est pas très drôle, comme le remarque d'ailleurs la Super Theory Of Super Everything de Gogol Bordello :

First time I had read the Bible,
it had stroke me as unwitty
I think it may started rumor
that the Lord ain't got no humor

Le danger d'analyser l'humour, c'est que c'est comme disséquer une grenouille : ça n'intéresse pas grand monde, et à la fin la grenouille meurt.

Tout est ici question de sens. Selon Boris Cyrulnik : en se rendant à Chartres, Péguy voit sur le bord de la route un homme qui casse des cailloux à grands coups de maillets. Son visage exprime le malheur et ses gestes la rage. Peguy s’arrête demande : « Monsieur, que faites-vous ? » « Vous voyez bien, lui répond l’homme, je n’ai trouvé que ce métier stupide et douloureux. » Un peu plus loin, Péguy aperçoit un autre homme qui, lui aussi, casse des cailloux, mais son visage est calme et ses gestes harmonieux. « Que faites-vous, monsieur ? », lui demande Péguy. « Eh bien, je gagne ma vie grâce à ce métier fatigant, mais qui a l’avantage d’être en plein air », lui répond-il. Plus loin, un troisième casseur de cailloux irradie de bonheur. Il sourit en abattant la masse et regarde avec plaisir les éclats de pierre. « Que faites-vous ? », lui demande Péguy. « Moi, répond cet homme, je bâtis une cathédrale ! »

En tout état de cause (et en simplifiant un peu), à partir de la bible M. Ouaknin (Nous n'avons qu'un Dieu et nous n'y croyons pas) s'interroge sur le rôle de l'humour dans la vie et en trouve environ trois :

  1. L'humour permet de contourner la censure (politique, sociale, théologique) : en considérant l'histoire d'Abram et Saraï (et une question de jouissance féminine (Eden)[1] qui serait traduite par « règles »[2] pour occulter la féminité de Saraï), la conclusion est que l'humour n'est qu'un prétexte pour parler de ce qui est tabou, de ce qui doit être tû. Sous couvert d'humour, en disant quelque chose on en affirme une autre. Et dans cet ordre d'idée la célèbre mère juive et ses traits typiques ne serait qu'une idée pour occulter l'orgasme féminin[3]. Bon.
  2. Les considérations freudiennes (L'inconscient et ses rapports avec le mot d'esprit) mettent en avant un mécanisme central de l'humour, l'amphibologie. Le fait qu'un mot ait plusieurs sens s'exploite selon deux processus inverses : la réduction polysémique (la signification d'un mot est déduite de son contexte, qui réduit les sens à l'un des sens) et l'amphibologie (le mot est par la suite utilisé dans l'un de ses sens orthogonaux)[4], ce qu'on peut illustrer avec une histoire quasi-rapportée par Rachi, le maître de Troie. Voilà pour l'essence de l'indécence. En octroyant une multiplicité sémantique, à un unique texte ou à une unique expression, l'humour a un rôle dégénérateur.
  3. Enfin, l'humour permet de se sortir de situations tragiques en refusant la fatalité et l'oppression. C'est donc une forme d'expression du libre-arbitre face au déterminisme de ce qui est écrit (par opposition à la pensée grecque et au destin inéluctable d'Oedipe annoncé par l'oracle, ou au fatalisme musulman du voyage à Samarkand[5]). Au-delà de ce que les textes disent, ils peuvent être transcendés par ce qu'ils peuvent vouloir dire, et c'est la diversité de ses interprétations qui constitue sa richesse - de même dans la vie refuser la voie ou le destin nous réduit pour bifurquer dans l'arborescence des sentiers alternatifs constitue une sorte d'amphibologie situationnelle, la base de la liberté[6].

Notes

[1] Cf aussi Elisabeth Lloyd, Stephen Jay Gould, et Shere Hite.

[2] Dans ce cas évidemment Dieu aurait pu écrire directement "règles" dans la Bible ç'aurait été plus simple que de passer par une censure au stade de la traduction.

[3] Comment savoir qu'une femme a eu un orgasme ?

Réponse : Réponse :

Quelle importance ?

[4] Roland Barthes : Il faut garder au mot ses deux sens comme si l'un d'eux clignait de l'oeil à l'autre, et que le sens du mot fût dans ce clin d'oeil, qui fait qu'un même mot, dans une même phrase, veut dire en même temps deux choses différentes.

[5] Un jour, au marché de Boukhara, le ministre du vizir aperçoit la Mort et la voit faire un geste en sa direction. Terrifié à l'idée d'être emmené par elle, il quitte précipitamment la ville et chevauche toute la nuit jusqu'à Samarkand pour mettre entre lui et la mort une distance infranchissable. Entre-temps, le vizir apprend le départ de son ministre. Après enquête, il fait venir la Mort en son palais : «On m'a dit que mon ministre est parti après t'avoir aperçue au marché. Pourquoi lui as-tu ainsi fait peur ? Tu voulais l'emmener avec toi ?» «Non pas, répond la Mort. J'ai seulement été surprise de le voir tantôt au marché de Boukhara alors que nous avons rendez-vous demain à Samarkand.»

[6] Tout cela ne répond cependant pas à la vraie question : qui invente les blagues ?

mardi 22 janvier 2013

Les pierres précieuses dans la torah

Après les couleurs dans la bible, voici le tour des pierres précieuses. De tous temps symboles de pouvoir et de mystère, elles ne cessent de fasciner. Une pierre précieuse, par définition, est une gemme qui doit être belle et colorée.

Dans les temps anciens, les pierres précieuses étaient bien pratiques : petites et chères, elles s'emportaient facilement en tant de guerre ou de fuite, et servaient à acheter des villes, des pays, ou des royaumes !

Dans des villes comme Anvers, le procédé de coupe des diamants, optimisant la réfraction de la lumière, fut longtemps tenu secret entre les initiés, jusqu'au jour où ses mystères (utilisation de poudre de diamant pour la coupe) furent publiés, et les juifs qui tenaient ce marché en main en perdirent le complet monopole. Sur le plan des ressources naturelles, actuellement environ 80% des pierres proviennent de l'Asie du sud-est.

Aujourd'hui les pierres précieuses sont la pierre angulaire de la lithothérapie, qui leur attribue certains pouvoir de guérison. Cela se trouvait déjà dans certains écrits juifs, par exemple le Zohar de Shimon Bar Yohai (celui des mondes virtuels), qui parlent de segouloth. Encore plus New-Age (mais loin de ce blog l'idée de leur jeter la pierre), cela ne marcherait qu'avec des pierres naturelles, et pas des artificielles, synthétiques, même si celles-ci ont la même composition chimique et la même structure cristallographique que les naturelles[1]. Avec un peu de pensée magique, le rubis est bon pour la fertilité, l'ambre pour se calmer, le quartz pour l'amour, etc.

Dand la Bible, Tetsavé (5 épisodes après Bo) décrit les habits du grand-prêtre, et en particulier un vêtement, l'éphod, sur lequel vient s'appuyer un hoshen ("pectoral").

Tu feras le pectoral de jugement, artistement ouvragé, et que tu composeras à la façon de l’éphod : c’est d’or, d’azur, de pourpre, d’écarlate et de fin retors, que tu le composeras.

Il sera carré, plié en deux ; un empan sera sa longueur, un empan sa largeur. Tu le garniras de pierreries enchâssées, formant quatre rangées.

Sur une rangée : un rubis, une topaze et une émeraude, première rangée ; deuxième rangée, un nofekh, un saphir et un diamant ; troisième, rangée : un léchera, un chebô et un ahlama ; quatrième rangée : une tartessienne, un choham et un jaspe. Ils seront enchâssés dans des chatons d’or.

Ces pierres, portant les noms des fils d’Israël, sont au nombre de douze selon ces mêmes noms ; elles contiendront, gravé en manière de cachet, le nom de chacune des douze tribus.

Ensuite, tu prépareras pour le pectoral des chaînettes cordonnées, forme de torsade, en or pur. Tu feras encore, pour le pectoral, deux anneaux d’or, que tu mettras aux deux coins du pectoral. Puis tu passeras les deux torsades d’or dans les deux anneaux placés aux coins du pectoral, et les deux bouts de chaque torsade, tu les fixeras sur les deux chatons, les appliquant aux épaulières de l’éphod du côté de la face.

Tu feras encore deux anneaux d’or, que tu placeras aux deux coins du pectoral, sur le bord qui fait face à l’éphod intérieurement ; et tu feras deux autres anneaux d’or, que tu fixeras aux deux épaulières de l’éphod, par le bas, au côté extérieur, à l’endroit de l’attache, au-dessus de la ceinture de l’éphod. On assujettira le pectoral en joignant ses anneaux à ceux de l’éphod par un cordon d’azur, de sorte qu’il reste fixé sur la ceinture de l’éphod ; et ainsi le pectoral n’y vacillera point.

Et Aaron portera sur son cœur, lorsqu’il entrera dans le sanctuaire, les noms des enfants d’Israël, inscrits sur le pectoral du jugement : commémoration perpétuelle devant le Seigneur.

Tu ajouteras au pectoral du jugement les ourîm et les toummîm, pour qu’ils soient sur la poitrine d’Aaron lorsqu’il se présentera devant l’Eternel.

Aaron portera ainsi le destin des enfants d’Israël sur sa poitrine, devant le Seigneur, constamment.

Dieu n'a pas attendu Steve Jobs pour inventer l'iPad.

Un blog intitulé La Torah Minérale détaille la correspondance entre les 12 pierres précieuses et les 12 tribus, avec différentes traductions qui ont été proposées.

Position Pierre Tribu Trad. Ed. Sceptre Trad. Chouraqui Trad. L. Segond rév.
1-1Odem (אֹדֶם)Reoubén (רְאוּבֵן)RubisCornalineSardoine
1-2Pitdah (פִּטְדָה)Shim'ôn (שִׁמְעוֹן)TopazeTopazeTopaze
1-3Barékéth (בָרֶקֶת)Lévi (לֵוִי)ÉmeraudeÉmeraudeÉmeraude
2-1Nofék (נֹפֶךְ)Iehouda (יהוּדָה)-MalachiteEscarboucle
2-2Sapir (סַפִּיר)Issaskhar (יִשָּׂשכָר)SaphirSaphirSaphir
2-3Yahalom (יָהֲלֹם)Zebouloun (זְבוּלֻן)DiamantPerleDiamant
3-1Léshém (לֶשֶׁם)Dân (דָּן)-AméthysteAméthyste
3-2Shvo (שְׁבוֹ)Naphtali (נַפְתָּלִי)-AgatheAgathe
3-3Ahlamah (אַחְלָמָה)Gad (גָּד)-HyacintheOpale
4-1Tarshish (תַּרְשִׁישׁ)Ashér (אָשֵׁר)TartessienneBérylChrysolite
4-2Shoham (שֹׁהַם)Iosseph (יוֹסֵף)-OnyxOnyx
4-3Yashféh (יָשְׁפֵה)Biniamîn (בִנְיָמִן)JaspeJaspeJaspe


Le même blog note que le hoshen (חשן), l'habit qui supporte les pierres, a la même guematria (somme des lettres) que... le messie (משיח) ; en effet : מ+ש+י+ח = 358 = ח+ש+ן. Le pectoral est donc symboliquement lié au gardien du paradis ![2] (Et pour ajouter notre pierre à l'édifice, on remarquera que chez les catholiques, le gardien s'appelle... Saint-Pierre. Coïncidence ?)

Sans être trop lapidaire avec les superstitions qui n'amassent pas mousse, on retiendra avant tout le côté artistique des gemmes, avec lesquelles peuvent être confectionnées de jolies créations. Comme l'a dit un groupe populaire, you can't always get what you want, mais parfois si !

Notes

[1] Ainsi dans la panoplie du joailler, on trouvera une pince et une loupe, mais aussi des microscopes, réfractomètres, polariscopes, et spectroscopes. Parmi les signes d'origine naturelle des pierres se trouvent les inclusions, qui peuvent être observées au microscope x100. Certaines pierres présentent un effet d'astérisme, qui n'est pas sans rappeler les constellations.

[2] Les kabbalistes font d'une pierre deux coups, puisque le serpent (נָּחָשׁ) a également une guematria de 358.

vendredi 2 novembre 2012

KabbalaToons

KabbalaToons is a chabad series featuring Rabbi Infinity, whose motto is simply Give me one minute I'll give you cosmic conscienceness.

Here is a list of some episodes, each of them being about two-minute long:

Tip: there is a written commentary below each video. Starred episodes are specially appreciated by the Radjaïdjah Blog.

lundi 24 septembre 2012

L'âge du monde : science vs torah

Dans une série de quatre présentations, intitulée « L'âge du monde », le Rav Ron Chaya s'attèle à une tâche à la fois délicate et ambitieuse : comment concilier l'âge du monde estimé par la science (14 milliards d'années) avec celui indiqué par la torah (6000 ans) ? Cela semble a priori tout à fait contradictoire, mais un adage ne dit-il pas qu'« un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène » ?

Lire la suite...

mardi 28 août 2012

Peut-on plaire à tout le monde ?

J'ai lu dans quelque endroit qu'un meunier et son fils
L'un vieillard, l'autre enfant, non pas des plus petits,
Mais garçon de quinze ans, si j'ai bonne mémoire,
Allaient vendre leur âne un certain jour de foire.
Afin qu'il fût plus frais et de meilleur débit,
On lui lia les pieds, on vous le suspendit ;
Puis cet homme et son fils le portent comme un lustre.
Pauvres gens ! idiots ! couple ignorant et rustre !
Le premier qui les vit de rire s'éclata :
« Quelle farce dit-il, vont jouer ces gens-là ?
Le plus âne des trois n'est pas celui qu'on pense. »
Le meunier, à ces mots, connaît son ignorance ;
Il met sur pied sa bête, et la fait détaler.
L'âne, qui goûtait fort l'autre façon d'aller,
Se plaint en son patois. Le meunier n'en a cure ;
Il fait monter son fils, il suit : et, d'aventure,
Passent trois bons marchands. Cet objet leur déplut.
Le plus vieux au garçon s'écria tant qu'il put :
« Oh là ! oh ! descendez, que l'on ne vous le dise,
Jeune homme, qui menez laquais à barbe grise !
C'était à vous de suivre, au vieillard de monter.
- Messieurs, dit le meunier, il vous faut contenter. »
L'enfant met pied à terre, et puis le vieillard monte ;
Quand trois filles passant, l'une dit:« C'est grand' honte
Qu'il faille voir ainsi clocher ce jeune fils,
Tandis que ce nigaud, comme un évêque assis,
Fait le veau sur son âne et pense être bien sage.
- Il n'est, dit le meunier, plus de veaux à mon âge :
Passez votre chemin, la fille, et m'en croyez. »
Après maints quolibets coup sur coup renvoyés,
L'homme crut avoir tort et mit son fils en croupe.
Au bout de trente pas, une troisième troupe
Trouve encore à gloser. L'un dit : « Ces gens sont fous !
Le baudet n'en peut plus, il mourra sous leurs coups.
Eh quoi ! charger ainsi cette pauvre bourrique !
N'ont-ils point de pitié de leur vieux domestique ?
Sans doute qu'à la foire ils vont vendre sa peau.
- Parbleu ! dit le meunier, est bien fou du cerveau
Qui prétend contenter tout le monde et son père.
Essayons toutefois si par quelque manière
Nous en viendrons à bout. » Ils descendent tous deux.
L'âne se prélassant marche seul devant eux.
Un quidam les rencontre, et dit:« Est-ce la mode
Que baudet aille à l'aise; et meunier s'incommode ?
Qui de l'âne ou du maître est fait pour se lasser ?
Je conseille à ces gens de le faire enchâsser
Ils usent leurs souliers et conservent leur âne !
Nicolas, au rebours : car quand il va voir Jeanne,
Il monte sur sa bête; et la chanson le dit.
Beau trio de baudets ! » Le meunier repartit :
« Je suis âne, il est vrai, j'en conviens, je l'avoue ;
Mais que dorénavant on me blâme, on me loue,
Qu'on dise quelque chose ou qu'on ne dise rien,
J'en veux faire à ma tête ». Il le fit, et fit bien.

Jean de la Fontaine

jeudi 3 novembre 2011

Une histoire hindoue

Une ancienne légende hindoue raconte qu'il fut un temps où tous les hommes étaient des dieux.

Comme ils abusèrent de ce pouvoir, Brahma, le maître des dieux, décida de le leur retirer et de le cacher dans un endroit où il leur serait impossible de le retrouver.

Oui, mais où ?
Brahma convoqua en conseil les dieux mineurs pour résoudre ce problème.

— Enterrons la divinité de l'homme, proposèrent-ils.

Mais Brahma répondit :
— Cela ne suffit pas, car l'homme creusera et trouvera.

Les dieux répliquèrent :
— Dans ce cas, cachons-la tout au fond des océans.

Mais Brahma répondit :
— Non, car tôt ou tard l'homme explorera les profondeurs de l'océan. Il finira par la trouver et la remontera à la surface.

Alors, les dieux dirent :
— Nous ne savons pas où la cacher, car il ne semble pas exister sur terre ou sous la mer d'endroit que l'homme ne puisse atteindre un jour.

Mais Brahma répondit :
— Voici ce que nous ferons de la divinité de l'homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c'est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher.